MIAJ BRETONAJ FABELOJ
Jeudi 17 mai 2007 12:53

 Dans les temps ancestraux, quand la mer était encore retirée bien loin, il y avait un village près de Vannes. Dans une vieille ferme, habitait une famille très pauvre qui ne possédait qu’un petit champ.  

Pourtant, dans ce village, il y avait un champ sur lequel personne ne cultivait de légumes ni de fruit. On disait que c’était le champ des Korrigans (petits lutins hauts comme trois pommes, vivant en Bretagne)

                          Le paysan Pierig vivait avec sa femme Maer et leur fils Luig et chaque jour, passant devant le champ des Korrigans, il se demandait pourquoi personne ne le cultivait. Alors un jour, il en eut marre. Il rentra dans le champ, et entreprit de le défricher. Lorsqu’il eut arraché la première mauvaise herbe, une voix sortit du sol, lui disant :  

“Qui es-tu ?


-Moi ? Ben… Je suis Pierig.
-Et que fais-tu ?
-Ben… Je défriche.
-Et qui t’a donné la permission ?
-Ben… euh… Personne.
-Bah attends ! On va t’aider!!”              

Cent korrigans sortirent alors du sol, et aidèrent Pierig à défricher le champ. Le soir venu, le champs était dénué de la moindre mauvaise herbe. 

Pierig rentra content chez lui. Il raconta l’histoire à sa femme, qui le sermonna : 

“Mais es-tu fou! Veux-tu attirer le malheur sur notre famille ?
-Bah pourquoi ? Ils sont bien sympas, les korrigans !”

Il se coucha perplexe.

Le lendemain, il revint au champ, et entreprit de retirer les cailloux de la terre. A peine eut-il retiré la première pierre, qu’une voix surgit du sol :

“Qui es-tu ?
-Moi ? Ben… Je suis Pierig.
-Et que fais-tu ?
-Ben… J’enlève les cailloux.
-Et qui t’a donné la permission ?
-Ben… euh… Personne.
-Bah attends ! On va t’aider!!” 

Deux cents korrigans surgirent des entrailles de la Terre. Le soir, plus un cailloux n’était là : ils étaient tous empilés à côté du champ.    

Il rentra chez lui, mais cette fois-ci, il ne raconta rien à sa femme. 

Le lendemain, il vint labourer la terre. A la première motte retournée, une voix lui dit :  




“Qui es-tu ?


-Moi ? Ben… Je suis Pierig.
-Et que fais-tu ?-Ben… je laboure.
-Et qui t’a donné la permission ?
-Ben… euh… Personne.
-Bah attends ! On va t’aider!!”

Quatre cents korrigans vinrent alors retourner la terre à mains nues. Le soir, la terre était prête pour recevoir la semence. 

Le lendemain, Pierig vint avec quatre gros sacs de grains de blé. Lorsqu’il jeta la première graine, la voix revint :




“Qui es-tu ?-Moi ?


Ben… Je suis Pierig.
-Et que fais-tu ?
-Ben… Je sème.
-Et qui t’a donné la permission ?
-C’est plus pratique de semer le blé si on veut qu’il pousse…
-Bah attends ! On va t’aider!!” 

Huit cents korrigans vinrent piocher des graines dans le sac, et les semèrent. Puis les korrigans ordonnèrent au paysan de ne pas revenir avant 3 mois et 3 semaines.   Les jours, les semaines et les mois passaient et notre fermier n’en pouvait plus d’attendre.

Un jour avant l’échéance fixée par les korrigans, il demanda à son fils d’aller voir dans le champ si le blé était mur.   Le fils s’y rendit et goûta un épi. Aussitôt, une voix venue de la terre lui dit :

“Qui es-tu ?
-Moi ? Ben… Je suis Luig, le fils de Pierig.


-Et que fais-tu ?-Ben… Je mâchouille du blé.
-Et qui t’a donné la permission ?
-Ben… euh… c’est le blé de mon père.
-Bah attends ! On va t’aider!!”                    

Mille six cents korrigans vinrent alors arracher les grains de blé aux épis, et mâchouillèrent le blé ! En quelques heures, il ne resta plus un seul grain de blé récoltable.  

Lorsque Pierig rejoignit son fils aux champs, il vit le désastre, et flanqua une gifle à son fils. Une voix de dessous terre lui dit :



“Qui es-tu ?
-Moi ? Ben… Je suis Pierig.


-Et que fais-tu ?-Ben…  Je claque mon fils!
-Et qui t’a donné la permission ?
-Depuis quand un père a-t-il besoin d’une permission pour corriger son gamin ?
-Bah attends ! On va t’aider !!” 

Trois mille deux cents korrigans vinrent alors donner des claques au fils de Pierig et un korrigan, ça frappe très fort. Lorsque ils se battaient entre eux, ils se jetaient des pierres à la figure. Depuis, il y en a encore des centaines allignées près de Carnac, en Bretagne. Lorsque les korrigans retournérent sous terre, Luig était évanoui. Le père, désemparé et fou de rage, s’en arracha les cheveux.  Lorsque le premier cheveux arraché tomba à terre, une petite voix dit :

“Qui es-tu ?


-Moi ? Ben… Je suis Pierig.
-Et que fais-tu ?
-Je m’arrache les cheveux !
-Et qui t’a donné la permission ?
-Ben… Je suis furieux !!!
-Bah attends ! On va t’aider !!” 

Six mille quatre cents korrigans sortirent alors de terre, et arrachèrent les cheveux du pauvre homme, avant de s’en retourner sous terre. 

 La mère arriva inquiète de ne pas les voir rentrer à la maison, et contempla la scène horrifiée ! Un fils aplati comme une galette, un mari chauve comme un oeuf, plus de blé… Elle pleura de chagrin.   Lorsque la première larme tomba à terre, une voix lui dit :

“Qui es-tu ?-Moi ?

Ben… Je suis Maer.
-Et que fais-tu ?
-Ben… Je pleure….
-Et qui t’a donné la permission ?
-Ben… Mon fils est raplapla, mon mari est chauve… et notre champ dévasté…
-Bah attends ! On va t’aider!!” 

Soudain des milliers de korrigans surgirent de partout, et se mirent à pleurer… Ils pleurèrent tellement que leurs larmes envahirent la région de Bretagne sud, jusqu’à la mer.

Il ne resta plus qu’un golfe, qui est, aujourd’hui, le golfe du Morbihan (en breton : petite mer). 


Vendredi 11 mai 2007 11:31

La nuit, si vous vous aventurez dans la lande, vous pourrez entendre des voix chanter : digue, digue, digue, ma jument  Hippolyne, son petit poulain qui lui saute sur  les reins”.
 

N’allez pas danser  avec eux : ce sont les korrigans ! ils  vous  épuiseraient toute
la nuit, car eux, ils ne fatiguent jamais…

Pour vous enfuir, une seule solution: asseyez-vous au milieu de la ronde et posez  leur des devinettes. Par exemple :                        

« Quand je suis couché, ils sont debout, qu’est-ce que c’est ? »
 

Ca marche  à tous les coups car ils vous laissent tranquilles pendant qu’ils cherchent la réponse. Mais s’il y en a un qui finit par trouver la réponse et dit :

“Moi je sais, ce sont les pieds !”

Alors ils vont vous entraîner dans leur danse toute la nuit :


“Digue, digue, digue, ma jument Hippolyne, son petit poulain qui lui saute sur les reins…”

Une seule solution : il faut trouver une autre devinette :


“Il y en a quatre qui marchent, quatre qui pendent, une fourche devant et  un balai derrière”.

Ils réfléchissent… pendant ce temps là, vous pouvez vous reposer.
Mais S’il y en a un qui dit :

“Moi je  sais, quatre qui marchent ce sont les pattes, les quatre qui pendent ce sont les  pis, la fourche devant ce sont les cornes et le balai derrière, c’est la queue. C’est tout simplement une vache !”


Alors là, ils se remettent à danser et chanter : 
“Digue, digue, digue, ma jument Hippolyne, son petit poulain qui lui saute sur les reins…”

Il faut alors poser une 3ème devinette aux korrigans et pendant des heures et des heures, ils vont essayer de chercher la réponse :
 

“ça s’allonge en raccourcissant et ça se raccourcit en s’allongeant ; qu’est-ce que c’est ?”


Mais pendant ce temps, la nuit se termine et le jour se lève. Alors les korrigans  rentrent  sous  terre car  le  royaume  du  jour  appartient  aux  hommes . Ils s’en  vont en  chantant :

“Digue, digue, digue, ma jument Hippolyne, son petit poulain qui lui saute sur les reins…”

Vous pouvez passer la tête à travers le dolmen et dire la réponse :
« Ce qui s’allonge en raccourcissant et raccourcit en s’allongeant; c’est le jour et la nuit, le temps et la vie”.


Un conseil : rentrez chez vous et ne revenez  plus dans la lande si vous n’avez pas votre sac à devinettes !

” Quand je suis couché, ils sont debout. Quand je suis debout, ils sont couchés.
Qu’est-ce que c’est ? (bis). C’est les pieds (bis).
Quatre qui marchent, quatre qui pendent, une fourche devant et  un balai derrière.
Qu’est-ce que c’est ?(bis). C’est une vache dans un pré (bis).
ça s’allonge en raccourcissant et ça raccourcit en s’allongeant.
Qu’est-ce que c’est? (bis) C’est le jour et la nuit, c’est le temps et la vie…”
FIN.


Vendredi 11 mai 2007 11:27


Ma grand-mère, qui habite à Bréhand , m’a raconté une histoire qui s’est passée quand elle avait notre âge , c’est-à-dire , il y a très longtemps. Je vais vous la raconter :

Un paysan avait un enfant un peu idiot qui s’appelait Gab… Il en avait assez que Gab soit bête.

Alors, il alla voir le sorcier du village.

Le paysan frappa à la porte :
_« toc, toc, toc… »

Il entra et demanda :
_ « Je voudrais quelque chose qui rende mon enfant plus intelligent. »

Le sorcier regardait autour de lui et vit un sac. Il y mit la main et sortit un moulin à café. Mais il s’agissait d’un moulin magique. Il fallait donc une formule magique pour l’utiliser.
Pour démarrer le moulin , il fallait dire : « Mal’ta miell petit moulin. » ;  Pour l’arrêter: « Harz ae penn.Hag an dieben. »                                                    


Le père de Gab remercia le sorcier et s’en alla. De retour chez lui , le paysan dit la formule pour démarrer et il demanda :
« Mal ta miell petit moulin ; je veux un fils intelligent. »
Et le ventre de la femme du paysan se mit à grossir, grossir et elle mit au monde Fernand.
Le moulin fut posé sur le rebord de la cheminée et on recommanda à Gab de ne pas le
toucher.

Un jour alors qu’il était affamé, Gab rentra chez lui. Il fouilla dans les placards et ne trouva  rien.  Il vit alors le moulin magique sur le rebord de la cheminée.

Mais comme il n’ était pas très intelligent, il désobéit et prit le moulin en répétant la formule :  « Mal’ta miell petit moulin »  et lui réclama un bon  bouillon avec des champignons moisis mélangés avec des pommes de terre et de la boue.

Il eut ce qu’il voulait. Il mangeât ce qu’il avait réclamé. Mais il fut pris d’un mal de ventre. Le moulin ne s’arrêtait pas car Gab ne se souvenait plus de la formule de fin. Alors ça montait, montait, montait jusqu’à mi-ventre.

L’autre fils qui était bien plus intelligent arriva et prit le moulin en prononçant la formule pour l’arrêter. Toute la mixture partit dans le village .
Les parents arrivèrent et le père réprimanda le fautif : 

« Tu es content maintenant alors va nettoyer tout le village ». Il mit des mois à le nettoyer.                       

Des mois passèrent et il avait encore faim. Il rentra dans la maison et prit le moulin.
Il voulut dire la formule. Il décida de se rendre dans le champ et réclama du lait avec des tartines et des asticots. Il répéta la formule et le mélange sortit : le lait, les tartines, les asticots.

Au bout d ‘un moment, il n’avait plus faim  et la nourriture commençait à inonder le champ. On voyait les asticots en train de nager sur les tartines de pain !
Le frère de Gab arriva en barque, arracha le moulin et récita la formule de fin :
« Harz ae penn.Hag an dieben. »  Gab fut encore grondé.
                                             
Des mois passèrent et la famille de Gab manquait cruellement d’argent.
A cette époque, le sel permettait de rapporter beaucoup d’argent.

                               
Désireux d’aider ses parents, Gab monta dans la barque de son père et partit en mer.


Il prononça la formule : « Mal’ta miell petit moulin » et demanda : « Je veux du sel ! »
Plus le sel s’entassait et montait dans la barque, plus celle-ci coulait, et elle finit par sombrer.
                                                               La légende raconte que c’est pour ça que la mer est salée car le moulin continue de donner du sel dans le fond de la mer.

FIN                                                   


Vendredi 11 mai 2007 11:21

Brigid,  dont le nom celte signifie « haute, élevée », est la fille de DAGDA le dieu de la tribu de DANA. Triple déesse celte, elle préside aux arts, au feu et à la guérison. Elle est la déesse d’IMBOLC, fête antique du soleil, du feu, de la lumière, de la renaissance. 

En Gaule, Brigid porte le nom de Belisama, “la très brillante” ou “pareille à la flamme” et était la déesse la plus vénérée.  

En Bretagne, elle est devenue Santez Berc’hed. De nombreuses chapelles lui sont dédiées. Celle au sommet du Menez Hom, un des points culminants d’Armorique, semble avoir été bâtie sur un lieu consacré à la déesse : on y a trouvé une statuette à son effigie. 

                                        

L’influence de Brigid (Brighid, Brid, Brigantia) fut si forte qu’elle fut christianisée sous le nom de Sainte Brigitte et, curieusement, trois Brigitte sanctifiées lui ont succédée :  

  • Brigitte de Kildare (Vème siècle), la plus proche des rites liés à la déesse car, tout comme au temps des grandes prêtresses druidiques, un Feu Sacré restait allumé et était veillé jour et nuit au couvent de Kildare, qu’elle a fondé. Ce feu de Sainte Brigitte a été entretenu pendant plus de 7 siècles jusque vers 1220. Sainte Brigitte est fêtée, comme la déesse, le 1er février. Elle est la patronne de l’Irlande avec Saint Patrick.

                                    

  • Brigitte de Fiesoli (Vierge du VIIIè siècle) est vénérée, surtout en Italie, le 31 décembre. On sait peu de choses sur elle.
  • Brigitte de Suède (XIVè siècle), veuve et noble, fondatrice de l’ordre de Saint Sauveur, auteur de « révélations » est fêtée le 23 juillet et fut reconnue par le pape « patronne de l’Europe ». Elle est honorée principalement par les catholiques.

La triple déesse celte Brigid préside à l’artisanat, aux beaux-arts, à la poésie et par extension à l’inspiration et la divination, aux activités féminines telles que le tissage, la teinture, la brassage de la bière ;  

Elle est aussi protectrice des sources sacrées et possède donc les pouvoirs de guérisseuse, par les plantes et les potions surtout ; elle assure également la protection des troupeaux, et veille à l’abondance du lait et du beurre.  

Elle a donc la triple fonction de protéger la santé, de trouver la juste valeur des mots à travers la poésie et de forger des armes magiques. La légende veut que ce soit elle qui créa Excalibur, l’épée du Roi Artur et la remit à Merlin ; 

                                

L’élément qui la caractérise le mieux est le feu, manifestation de ses différentes natures : Brigid est le feu de l’inspiration pour les poètes, le feu de la Terre qui permet la santé et la fertilité, et enfin le feu du foyer utilisé pour la forge.   

Chez les Celtes, on fêtait Imbolc autour du 1er février : la fête du réveil de la terre et de la montée de l’ensoleillement.  

Ce rite, en l’honneur de la déesse Brigid, célébrait la purification et la fertilité au sortir de l’hiver. Paradoxalement, c’est le moment où l’hiver est très froid mais en même temps celui où les perce-neige et les bourgeons apparaissent et où les agneaux naissent, promesse du renouveau.                     

 Les paysans portaient des flambeaux et parcouraient les champs en procession, priant la déesse de purifier la terre avant les semailles.

L’ère chrétienne a remplacé les flambeaux par des chandelles, symboles du « Christ-Lumière » que l’on plaçait aux fenêtres pour éloigner le Malin.               

Brigid est une divinité solaire, les crêpes de la Chandeleur symbolisent encore aujourd’hui ce plein soleil qui monte et que l’on attend avec confiance dans le froid de l’hiver.  Elle est la patronne des druides, des bardes, des poètes, des artistes, des magiciens, des bergers, des forgerons, des médecins et des sages-femmes. Ses symboles sont le feu, les puits et les sources, les flocons de neige, les brebis et agneaux, le lait, les armes.


Vendredi 11 mai 2007 11:11

     

 Il y avait une fois, deux tailleurs qui habitaient la même rue et étaient affligés de la même difformité : ils étaient aussi bossus l’un que l’autre. Cela leur valait d’être la risée de tout le village et ils ne pouvaient croiser personne sur leur chemin sans en recevoir des moqueries.  

L’un s’appelait Kaour et l’autre Laouig.

                           

Kaour était d’un heureux tempérament ; il répondait aux plaisanteries par des plaisanteries encore plus fines ; tout le temps qu’il était installé à coudre, il n’arrêtait pas de raconter à qui voulait les entendre de savoureuses histoires et de chanter d’une voix de fausset des chansonnettes humoristiques et des romances sentimentales ; il prenait la vie par le bon bout.  

Laouig, au contraire, était continuellement renfrogné, il supportait mal les moqueries et ne se mettait guère en frais pour distraire ses pratiques. Ajoutons qu’il aimait l’argent … et que lorsqu’il pouvait voler son prochain il ne laissait jamais passer l’occasion. 

Une nuit, Kaour rentrait d’une journée de travail à la ferme de Penhoat-uhella, où il avait eu à confectionner les habits de noce du fils de la maison, et traversait au clair de lune une grande lande où, parmi les ajoncs, se dressaient plusieurs menhirs. 

Soudain, alors qu’il en atteignait le sommet, il entendit de petites voix fluettes qui chantaient :

« Dilun, dimeurz, dimerc’her » (Lundi, mardi, mercredi en breton)

« Tiens ! se demanda-t-il, qui donc peut chanter ainsi dans ce lieu désert? » 

Il s’approcha tout doucement, en évitant de faire du bruit, et vit une bonne centaine de petits korrigans qui dansaient en rond en se tenant par la main.(Les korrigans sont des lutins, des farfadets, pas méchants mais plutôt farceurs)  

L’un d’eux s’époumonait à chanter :   « Dilun, dimeurz, dimerc’her! » 

Et tous les autres reprenaient en choeur, en redoublant leurs entrechats : « Dilun, dimeurz, dimerc’her! »

Kaour fît prudemment demi-tour, sur la pointe des pieds, car il avait entendu dire que les voyageurs attardés, qui se trouvaient à traverser une lande où dansent les korrigans est sûr d’être entraîné dans leur ronde et forcé de tourner avec eux jusqu’au premier chant du coq. 

Mais si discrètement qu’il eût opéré sa retraite, il n’en fut pas moins remarqué par les danseurs nocturnes qui, interrompant leur ronde se ruèrent vers lui en poussant des cris stridents et l’eurent bientôt entouré comme un essaim de mouches entoure une goutte de miel.

  Il n’en menait pas large et quand les petits êtres lui crièrent tous à la fois :

“Viens danser avec nous “,  il se dit qu’il ne serait sans doute pas bon de les contrarier.

La ronde se reforma donc avec lui et le chant reprit :

« Dilun, dimeurz, dimerc’her! » 

Au bout d’un certain temps, Kaour commença à être fatigué de tourner en rond et il en avait assez de répéter sans cesse les mêmes paroles.  Pour gagner un peu de temps et reprendre son souffle, il dit :

« Faites excuse, mes gentilshommes, mais on pourrait chanter la suite de la chanson. »

Les korrigans s’arrêtèrent net. (Ouf! c’était toujours autant de repos de pris)

« La suite ? » Demandèrent-ils.

« Ben oui, la suite ? Je la connais, moi, la suite. Il y a quelque chose après ‘lundi mardi mercredi’ ! »

« Vrai? Tu connais la suite ? Oh ! Alors dis-la-nous »

« Bien volontiers. » Et le tailleur, après avoir repris son souffle, de chanter :

« Diriaou ha digwener! (Jeudi et vendredi) »

Les korrigans poussèrent des acclamations enthousiastes.    

« You! You! Magnifique! Voilà qui nous fait une chanson magnifique ! Le nombre de pieds y est, la rime aussi. Allons, les amis, reprenons la danse ! »

Et ils se remirent à danser en chantant :

« Dilun, dimeurz, dimerc’her, Diriaou ha digwener! » 

Ils étaient maintenant pleins d’égards pour Kaour et pour le remercier, veillaient à ne pas trop le fatiguer. Quand ils virent que ses pas n’étaient plus aussi assurés ils arrêtèrent leur ronde et leur chef demanda :

« Que désires-tu, Kaour, comme récompense pour nous avoir appris un si beau chant? »

« Comme récompense? Ma foi… je ne sais pas… je ne cherchais pas une récompense. »

« Eh bien, je t’offre le choix entre un gros sac rempli d’or ou de supprimer ta bosse. » Le tailleur n’hésita pas :

« Si vous êtes en mesure de m’enlever ma bosse et de me rendre aussi droit que le mât du drapeau breton, alors là ce n’est pas de refus ! » 

Aussitôt les nains se jetèrent sur lui, le lancèrent en l’air, le firent pirouetter et se le passèrent de l’un à l’autre comme un ballon. Quand il retomba, tout étourdi, sur ses pieds, il n’avait plus de bosse et était aussi droit que le mât du drapeau breton. 

Le lendemain, Kaour rencontra l’autre tailleur, Laouig qui, en le voyant, se frotta plusieurs fois les yeux.

« Ce n’est pas possible ! C’est toi, Kaour ?

- Comme tu le vois : c’est moi.

- Ma parole ! Tu as bien grandi, d’un seul coup, d’un pied. Et qu’as-tu fait de ta bosse ?

- Ma bosse? Quelle bosse? Tu vois bien que je n’ai pas de bosse. Je ne suis pas un vilain bossu comme toi, Laouig.

- Cesse de te moquer. Tu n’as plus de bosse mais tu en avais une pas plus tard qu’hier. Il y a de la sorcellerie là-dessous. » 

Kaour raconta ce qui lui était arrivé.

« Satordellik! » Se dit Laouig, « il faut que j’aille moi aussi, la nuit prochaine faire un tour sur la lande. Mais je ne serai pas aussi sot que ce pauvre Kaour : moi je prendrai, ce sera le sac plein d’or. » 

Dès que la lune se leva, il se mit en route et lorsqu’il aperçut les korrigans dansant en rond, il s’avança hardiment vers eux.

« Viens danser avec nous, » lui crièrent-ils.

Il pénétra dans le cercle et chanta avec eux :

« Dilun, dimeurz, dimerc’her, Diriaou ha digwener! »    

Mais bientôt, il fut fatigué de tourner et leur demanda :

« Ne savez-vous chanter que cela ? Ne connaissez-vous pas la suite ? »

« La suite? Il n’y a pas de suite, » répondirent-ils. « En connaîtrais-tu une?”

« Parfaitement. »

« Oh ! Dis-la-nous alors. Dis-la vite ! »

« Bon écoutez :  Dilun, dimeurz, dimerc’her, Diriaou ha digwener Ha disadorn ha disul (Et samedi et dimanche) » 

Les korrigans firent la moue :

« Ce n’est pas si joli, » dit l’un.

« Ça ne rime pas, » fit un autre.

« C’était beaucoup mieux avant, » ajouta un troisième. 

Mais leur chef intervint :  « Ça ne fait rien, il faut tenir compte de l’intention. Nous avons récompensé Kaour, en lui offrant de choisir entre la richesse et la beauté. Nous devons la même récompense à celui-ci. Kaour a laissé le sac d’or ».

« Quel sera ton choix ? » demanda le chef,

« Je choisis ce que Kaour a laissé. » 

Les nains se jetèrent sur lui, le lancèrent en l’air, le firent pirouetter et se le passèrent de l’un à l’autre comme un ballon. Quand il retomba, tout étourdi, sur ses pieds … il avait … deux bosses. La sienne et celle de Kaour.  

FIN.       


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